Revenir à l'écrit
01 — J'arrête le podcast ; je lance ma newsletter
Bonjour et bienvenue à vous qui embarquez dans la lecture de ma première newsletter !
Je suis Morgane Eeman, autrice belge. J’écris de la poésie, des romans en vers libres et des nouvelles.
Après Au fond un jardinet étouffé (2019) et L’île quimboiseuse (2021), parus aux éditions maelstrÖm reEvolution, j’ai publié le roman-poème Une joie longévive : une épopée dans le bassin de la Semois en mai 2024, chez le même éditeur. Ce livre a fait l’objet d’un vaste projet lors de sa parution, j’ai notamment organisé des promenades le long de la Semois, pour pouvoir performer le texte sur les lieux qui l’ont inspiré, accompagnée par Stéphanie Gilly, saxophoniste. Un enchantement !
Idéalement, j’aimerais envoyer cette lettre une à deux fois par mois selon les nouvelles que j’aurai envie de partager.
Ici, je parlerai :
des coulisses de l’écriture de mes projets en cours ;
de mes livres publiés et de leurs actualités ;
des événements à venir pour faire vivre ces livres ;
des coulisses des événements passés ;
de mes lectures, de cinéma peut-être, de séries probablement ;
Bref, vous vous trouvez au coeur d’un journal de bord, mi-lettre mi-blog !
Au sommaire aujourd’hui :
Pourquoi une newsletter ?
J’arrête mon podcast
Les origines de mon podcast journal de bord
La naissance de mes deux podcasts
Et maintenant ?
Dédicaces et lectures performées
Les coulisses de septembre
Le désir de solitude
Les dates à venir
Une joie longévive
En résonance
Côté écriture
Mais pourquoi une newsletter ?
Je cogite sur cette newsletter depuis des années. Sans rire, en 2020 déjà, l’envie était là, je parlais même de revenir au blog, après avoir laissé mes divagations livresques de post-ado à l’abandon pendant près de 10 ans. La première newsletter Substack dont j’ai eu vent est celle d’Emilie Deseliène, en 2022 : les *notes de bas de page. L’aspect blog revenait en force avec ces newsletters restant accessibles en ligne par la suite et la possibilité de laisser des commentaires. Emilie avait toute la place pour développer sa pensée, que je trouve toujours très inspirante par ailleurs.
Depuis lors, je n’ai cessé de construire la mienne, en pointillés dans ma tête. Et lorsque j’y revenais pleinement, c’est un besoin nouveau qui m’y poussait : je n’avais plus seulement envie de raconter pourquoi tel livre avait bouleversé ma vie (comme sur mon blog poussiéreux) ou comment je tentais d’écrire mon prochain livre (comme dans mon podcast (duquel je vous reparlerai plus bas)), il me fallait aujourd’hui un endroit où parler des actualités liées à mes livres et à toutes mes activités artistiques. Un endroit où parler librement, sans limite de temps ni d’espace.
Or, depuis l’époque merveilleuse du Covid, on voyait poindre une multitude de newsletters, notamment d’auteurs et d’autrices, qui s’escrimaient à publier très régulièrement et dont le but semblait être d’informer et d’éduquer sur des sujets précis liés à leur domaine de prédilection. La newsletter n’apparaissait plus comme l’infolettre de base, la lettre pour dire la nouveauté. J’ai d’ailleurs demandé pourquoi à Elodie Foucher, maître ès newsletters, qui s’est empressée de répondre dans sa propre newsletter !
J’entame aussi un nouveau chapitre en écrivant cette première newsletter, car j’ai acté tout récemment une décision prise doucement cet été…
J’arrête mon podcast
Les sens, les sons et l’écriture est mon journal de bord sonore depuis juin 2020, il compte plus de 60 épisodes.
La saison 1 parle d’écriture sans s’attacher à un seul projet en particulier. La saison 2 raconte les coulisses de mon livre L’île quimboiseuse. Dans la saison 3, je raconte au jour le jour toute l’écriture de mon roman-poème Une joie longévive.
Les origines de ce podcast
(Ici, vous allez comprendre la nécessité de ce format long ; ce que la plupart des gens qualifie de digression n’est pour moi qu’une mise en contexte indispensable… 😄)
Mon compagnon et ses parents dirigent la compagnie de la Roulotte Théâtrale. En octobre 2019, nous jouons un spectacle sur le poète surréaliste Achille Chavée. Mon podcast vient de là.
J’ai fait énormément de théâtre durant toute mon adolescence, et j’étais alors une lectrice de théâtre. Mais, bien que j’en aie acquis les codes et compris les rouages avec la rigueur qui me caractérise depuis toujours, je ne me suis jamais considérée comédienne. Je crois que j’étais mauvaise, adolescente, et que je le suis moins aujourd’hui. Mais jouer est un métier, et je sais que je ne suis pas faite pour ce métier. Par-dessus tout, le stress me paralyse. Je suis une angoissée. J’ai fait des pas de géant vers la sérénité ces dix dernières années, mais le trac lié à l’entrée en scène, c’est un effroi qui ne s’atténue pas. Il s’intensifie même en certaines occasions.
À l’automne 2018, j’étais remontée sur scène pour la première fois après environ sept ans à m’en tenir loin. C’était également la première fois qu’on me donnait l’un des rôles principaux dans un spectacle qui ne comptait que deux comédiens (et un musicien). Il s’agissait de rendre hommage à l’immense auteur belge Marcel Moreau, et l’homme me touchait tant que je n’ai pas pu dire non. Nous avons joué Buvonzuncoup plusieurs fois en 2018 et 2019. J’en garde une sensation terrible d’absence, de stress me rongeant de l’intérieur, d’éclairage violent, l’impression d’avoir été brusquée et d’avoir bataillé des mois durant pour pas grand-chose : quelques représentations et une performance que je ne peux pas qualifier de grandiose, pour un rôle qui l’était pourtant.
2019 s’avance et lorsqu’il est question de créer un nouveau spectacle mettant en lumière un nouvel auteur belge disparu, je préviens tout de suite : je ne veux pas intervenir, sauf s’il leur faut quelqu’un pour lire quelques poèmes. Un tout petit rôle, pas de texte à apprendre.
Dans la mise en scène originale de mon compagnon, j’ai un rôle plus grand que prévu, mais je reste quasiment tout du long assise de profil au fond du plateau, face à une caméra qui retransmet mon visage en gros plan sur un immense drap tendu à l’avant-scène.
Et surtout, je lis des poèmes d’Achille Chavée d’une voix posée… dans un micro.
La naissance de mes deux podcasts
Eh oui ! Avant mon podcast façon journal de bord, j’ai d’abord créé Les sens et les sons, un podcast dédié aux mots et à la poésie dans lequel je lisais des poèmes en consacrant chaque épisode à un poète belge. J’ai commencé avec Achille Chavée, qui n’avait pas quitté mes pensées depuis ce spectacle d’octobre 2019, puis je me suis mise à alterner entre poète disparu et poète contemporain… Je m’amusais follement !
J’ai découvert en 2019 le confort du micro, pour ma voix qui semble souvent inaudible. Je pense que les gens, de manière générale, ne savent plus écouter, mais c’est un autre sujet.
Le micro a comblé mon penchant pour la subtilité. Je pouvais enfin dire des textes sans m’égosiller. Porter la voix au théâtre m’assourdit moi-même. Malgré la technique, je m’entends hurler, et je n’ai jamais réussi à comprendre si mon ouïe trop fine était en cause ou si mon stress rendait mon corps trop vif. L’acuité rend certaines expériences brutales.
J’ai l’impression d’avoir pu expérimenter la nuance, la spontanéité et la maîtrise en disant de la poésie dans ce cocon qu’était mon podcast Les sens et les sons.
En parallèle, j’écoutais depuis janvier 2020 (ou peut-être même décembre 2019 ?) le Laboratoire d’écriture d’Elodie Lauret, le premier vlogcast d’écriture (avec celui d’Emilie Deseliène, lancé à l’automne 2019, J’écris donc je suis, devenu Journal de la création ensuite), les rares autres podcasts consacrés à l’écriture se contentant à l’époque de donner des conseils aux aspirants écrivains. Elodie avait eu le nez creux en lançant un podcast journalier en janvier, deux mois avant le confinement qui nous a tous propulsés dans un monde où il n’y avait tout à coup rien à faire sinon cuisiner, se goinfrer et écouter des podcasts. Elle racontait jour après jour son avancée dans l’écriture de son roman jeunesse, Le Chronophage, et nous étions beaucoup à suivre ses aventures chaque soir. C’est Elodie qui m’a donné l’impulsion. L’écouter était galvanisant, car oui, je m’identifiais à cette jeune autrice en pleine création, qui me donnait envie d’écrire tout mon saoul. Lui parler a été une révélation. Ma première copine d’Instagram. Ses encouragements et sa générosité ont fait naître mes deux podcasts l’un après l’autre, à trois ou quatre semaines d’intervalle.
J’ai créé Les sens, les sons et l’écriture, car déjà j’avais beaucoup à raconter. Il y avait trois ans que j’avais terminé l’écriture de L’île quimboiseuse, qui n’était pas encore publié. Mon premier livre, Au fond un jardinet étouffé avait paru en décembre 2019, quatre mois après son écriture. Et j’avais un besoin impérieux d’écrire autre chose, de me laisser porter par mes mots et de documenter mes nouvelles expériences.
Et maintenant ?
Ce besoin est toujours là. L’écriture est au centre de ma vie, et j’ai toujours envie d’écrire sur l’écriture. J’aime profondément l’audio, l’intimité de la voix dans l’oreille, des mots qui s’immiscent dans le quotidien des auditeurs. En tant qu’auditrice d’ailleurs, même si quelques-uns de mes podcasts favoris se font rares aujourd’hui, je reste fidèle au format vlog/journal de bord qui offre une plongée dans les modes de fonctionnement de l’hôte ou l’hôtesse.
J’arrête le podcast et cette newsletter en est la continuité. Un journal de bord, un vrai, enfin.
Je n’exclus pas de revenir au podcast un jour (et j’ai aussi très envie d’expérimenter l’audio au sein de cette newsletter), mais depuis janvier 2024, tout me ramène à moi. Tout change et me ramène à ce qui reste immuable en moi. Je suis un être de l’écrit.
Il faut dire que j’ai vécu un printemps-tornade.
À la fois très loin et au plus près de mon écriture, avec les promenades et les lectures d’Une joie longévive. Un documentaire vient d’ailleurs de sortir à propos de ce vaste projet (j’en reparlerai of course !), il est disponible sur YouTube :
Il y avait tant à raconter pendant cette aventure folle que j’ai menée à peu près seule de bout en bout. Je me suis éloignée d’instinct du podcast, je savais que pour garder mon équilibre et la santé, il fallait que je me détache le plus possible de toutes les pressions que je m’impose d’ordinaire. C’est là que je me suis rendu compte que le podcast prenait trop de place. Qu’à l’écrit, tout était quand même plus simple et plus naturel pour moi.
Bref, me voilà ! 😊
Dédicaces et lectures performées
Retour au présent !
Les coulisses de septembre
Le 13 septembre dernier, j’ai donné une lecture d’Une joie longévive, accompagnée au piano par Olivier Terwagne, à la Fleur en Papier doré, haut lieu du surréalisme belge à Bruxelles. La captation de cette lecture est disponible sur YouTube.
Les 20 et 21 septembre, j’étais en dédicace au Poetik Bazar, le marché de la poésie bruxellois, dont c’était la quatrième édition. J’ai passé de très beaux moments sur le stand maelstrÖm reEvolution / L’arbre à Paroles avec les poétesses Caroline Boulord et Ludivine Joinnot. 🍂


Le désir de solitude
Dans L’art du suspense1, Patricia Highsmith dit ceci d’entrée de jeu :
« […] la plupart du temps, l’univers des relations mondaines n’est pas celui de la création, ce n’est pas l’univers où voyagent les idées créatrices. Il n’est pas facile d’être attentif ou réceptif à son propre inconscient lorsque l’on se trouve au milieu d’une assemblée de gens, ou même en compagnie d’une seule personne […] »
Si l’écrivain solitaire (et dépressif) est un mythe que beaucoup de jeunes artistes essaient de déconstruire aujourd’hui, cette réflexion vaut pourtant son pesant d’or.
Dans ma vie, la solitude a toujours été un besoin vital. J’ai d’ailleurs récemment retrouvé des carnets d’adolescence où j’écrivais mot pour mot : « j’ai besoin qu’on me foute la paix, pourquoi ne me laisse-t-on pas l’espace pour penser ? » ; ce sentiment d’être à l’étroit dans mon propre cerveau est d’autant plus frappant qu’il est répétitif. Et il est intrinsèquement lié à toutes les sociabilités forcées qu’on m’imposait alors.
Il m’a semblé qu’on faisait tout pour briser chaque instant de solitude adolescente au moment crucial où les pensées, alors en constante expansion, devraient avoir le champ libre de l’exploration. Est-ce en bridant la solitude de l’ado que son imaginaire d’enfant s’amenuise ?
Aujourd’hui, je suis amenée à rencontrer pas mal de gens qui travaillent les mots, des artistes de tous horizons, des publics divers. Et je ressens toujours aussi rapidement ce trop-plein, ce bruit permanent. La sensation de devoir reléguer la pensée au second plan, de ne pas pouvoir lui laisser la place dont elle a besoin, notamment pour nourrir l’écriture.
Je reste partagée : sur le moment, j’aime dire mon texte au public, j’aime partager avec mes lecteurs, avec ceux qui ont choisi d’acheter mon livre pour le découvrir — ce qui me semble toujours miraculeux — j’aime ces instants de dédicaces, de dialogue…
Sur le moment.
Souvent je vais à ces événements les pieds de plomb. Je dois me faire violence pour sortir de chez moi, monter dans le train, surtout s’il est déjà encombré, je dois me forcer à penser à ce qui va se produire, à me projeter pour ne pas être encore plus désarçonnée d’être coupée de moi-même au moment où il me faudra écouter et m’exprimer en retour.
Et l’écrire ici est soudain encore plus éclairant : parler me coupe de moi-même. Souvent, quand je parle, j’ai l’impression de trahir ce qui me constitue. Car c’est l’écrit, le vrai vecteur de ma pensée.
Les dates à venir
[Une joie longévive]
Voici les dates des prochaines lectures de mon livre Une joie longévive toujours accompagnée au piano par Olivier Terwagne :
le 30 octobre 2024 à 18h à la Librairie Molière à Charleroi, avec Caroline Boulord pour son premier recueil Les nuits filantes, mais aussi avec Ludivine Joinnot pour son deuxième recueil Sans lassitude des paysages, tous deux parus à L’arbre à Paroles en mai 2024 ;
le 3 novembre 2024 à 16h à La Roulotte Théâtrale à Élouges.
[En résonance]
Un autre projet théâtral prend également forme en ce moment : En résonance. C’est d’abord un recueil collectif auquel j’ai collaboré. À l’invitation de la Roulotte Théâtrale, neuf poètes contemporains ont écrit un texte en hommage à un poète disparu. J’ai choisi Andrée Sodenkamp et j’ai écrit en écho à son merveilleux poème La Harde.
Nous avons commencé les répétitions pour la lecture-spectacle que nous donnerons cet automne avec Annie Rak, Roland Thibeau, Stefan Thibeau et Françoise Derissen au violon :
le vendredi 18 octobre à 19h30 au Centre culturel de Boussu ;
le samedi 19 octobre à 20h à la Maison culturelle de Quaregnon ;
le dimanche 20 octobre à 16h à la Roulotte Théâtrale ;
le dimanche 24 novembre à 16h au Salon du Livre de Wallonie à Mons ;
le mercredi 19 février 2025 à l’Association des Écrivains belges de langue française, à Bruxelles.
En novembre, je serai aussi présente sur deux salons du livre, mais je vous reparlerai de tout ça dans ma prochaine lettre !
Côté écriture
Qu’est-ce que je mijote en ce moment ?
Il y a deux projets d’écriture qui ne me quittent pas, depuis plusieurs mois pour l’un, plus d’un an pour l’autre. J’aimerais y consacrer autant de temps que possible jusqu’à la fin de l’année :
Un projet poétique, Les Monts rouges, dont je vais certainement beaucoup parler dans les semaines à venir (je suis surexcitée !!!) ;
Un projet de roman, qui n’a pas de titre mais que j’appelle projet Juillet depuis… juillet 2023 !
Je vous parlerai évidemment de tout ça prochainement, dans une nouvelle lettre !
💡Chaque lettre reste disponible sur la plateforme Substack par la suite. Vous pouvez également laisser des commentaires sous chaque post !
Patricia Highsmith, L’art du suspense : mode d’emploi, Calmann-Lévy, 1987, p. 30.




